Misogyne, pas de souci
Parce que les femmes, c'est pas très très important quand même
Traduction d’une partie de Más machistas que racistas, Karina Castelao, El Común, 21 octobre 2024
Plus machistes que racistes
Quand on a l’intention d’éliminer un comportement, il n’est pas possible de le valider, même un petit peu. C’est comme lorsque les parents d’un adolescent ne veulent pas que leur enfant s’alcoolise, mais lui achètent de quoi partir en beuverie parce que de toute manière il va boire, et qu’au moins comme ça il n’avalera pas n’importe quoi. Ou comme lorsqu’on essaie de mettre fin aux drogues en les légalisant ou d’éradiquer la traite à des fins d’exploitation sexuelle en réglementant la prostitution. Le message est le même : je n’apprécie pas ce que tu fais et je ne veux pas que tu le fasses, pourtant, à contrecœur, je l’accepte.
C’est pourquoi, dans les pays où la prostitution est réglementée, non seulement le trafic ne diminue pas mais la demande augmente, et dans les pays où le cannabis à usage récréatif est légal, sa consommation a explosé au point de devenir une attraction touristique. Pour cette même raison, le fait qu’il ne soit pas inadmissible et intolérable d’avoir des comportements sexistes « parce que nous sommes tous éduqués de manière machiste », permet à des secteurs idéologiques de porter en étendard, sans que rien ne se passe, la négation des violences de genre [sic], la remise en cause systématique des victimes de violences machistes, la négation de la culture du viol ou la croyance de plus en plus répandue que les femmes auraient aujourd’hui plus de droits que les hommes. Et tout cela alors que la réalité est qu’il faudrait encore trois siècles, sans le moindre recul des avancées féministes, pour que les femmes aient la même considération sociale que les hommes en tant qu’êtres humains.
Chez les célébrités, personne ne songerait à dire à la télévision publique, devant des millions de téléspectateurs, qu’il est raciste (ou homophobe), car il saurait qu’il serait immédiatement cancellé. En revanche, ils reconnaissent bien leur sexisme résiduel, qu’ils justifient par leur socialisation patriarcale (comme si ça n’avait pas été le cas dans une société homophobe et raciste). En d’autres termes, s’il est inadmissible pour l’opinion publique qu’un type connu n’ait pas déconstruit son racisme ou son homophobie, il est tout à fait tolérable qu’il n’ait pas déconstruit son machisme.
C’est pourquoi les messages racistes et homophobes sont des discours de haine et les messages misogynes ne sont pas des discours de haine mais en plus sont la base d’un grand nombre de chaînes Internet. C’est pourquoi le terme « singe » désignant un footballeur noir dans un stade est sanctionné, alors que le terme « salope » désignant une femme est « resignifié » et devient même un tube de choix pour l’Eurovision. C’est pourquoi Vinicius insinue que l’Espagne ne devrait pas accueillir la Coupe du monde parce que c’est un pays raciste, mais ne voit aucune objection à ce qu’elle se tienne au Qatar.
Et c’est pourquoi, notamment, les meurtres racistes ou LGBTIphobes en Espagne se comptent sur les doigts d’une main ces dernières années, alors que les féminicides se comptent par centaines. Parce que tandis que le racisme et l’homophobie sont de plus en plus tabous, le machisme et la misogynie ne sont qu’un « c’est comme ça ». On dirait, comme je l’ai lu un jour, que le machisme ne disparaîtra que le jour où le viol aura la même considération sociale que le cannibalisme.

